Blog de Colas Fournier

Philo ?

Nan mais oui … j’t'insulte mais … c’est du second degré, donc je peux !

par admin le 01 mai 2010, dans Philo ?

Cela fait quelques temps que le second degré n’a plus de sens, depuis que les affaires à propos des humoristes et caricaturistes ont commencé : Dieudonné, l’affaire des caricatures de Mahomet et plus récemment Guillon, j’en passe et des meilleures. Depuis ces quelques cas, le commun des mortels a entendu, et ce à de trop maintes reprises, que l’on avait un droit de libre expression et – et c’est là que les athéniens s’atteignirent – que “de toute façon c’est du second degré, si t’en as pas, tu peux pas comprendre”. Réaction logique du benêt moyen : “c’est du second degré = j’peux dire c’que j’veux t’façon”.

Alors que le second degré – qui, je le rappelle grossièrement, exprime le fait de lire entre les lignes pour trouver le sens caché d’un discours – avait un sens bien réel, il se voit maintenant élevé au rang des expressions telles que “c’est pas moi, j’ai rien fait” ou encore “c’est lui qu’a commencé”, expressions vociférées maladroitement pour distraire l’assaillant qui nous a pris une main dans le sac l’autre au panier.

Si l’on considère ma grossière définition, on peut avancer ceci : il faut qu’un discours ait un sens caché, plus ou moins évident, pour que l’on puisse le prendre au second degré. Ceci, le commun des mortels semble l’avoir oublié.

Pour preuve – et j’en viens à ce qui m’a fait écrire ce billet – regardez sur Facebook le nombre de groupes créés autour de “blagues” visant une communauté quelconque (non les groupes sur les roux ne m’ont pas énervé). Allez y lire les descriptions et essayez d’y trouver un sens caché ! Personnellement, je cherche encore. Pourtant, il y a très régulièrement une mention indiquant qu’il faut “avoir du second degré pour comprendre” … je dois très certainement en être dénué, allez savoir !

PS : je me suis attardé à la lecture des messages postés par les utilisateurs sur ces groupes. Le plus grave n’est peut-être pas l’existence de ces groupes mais la nature des messages qui y sont postés. Racisme, insultes, illettrisme, débilité, discrimination, tout y est … On me dit “oui mais c’est une minorité de personnes qui écrit ce genre de choses” et je réponds “vu la récurrence et le nombre ce n’est pas ce que j’appelle une minorité”.

1 Bavardage Davantage..?

Minority Report et la sanction sans fait

par admin le 25 août 2008, dans Philo ?

Ce soir c’était session DVD avec Minority Report de Steven Spielberg réalisé d’après une nouvelle de Philip K. Dick. Pour ceux qui n’auraient pas vu le film ou qui n’en auraient pas assez entendu parler pour savoir de quoi il s’agit, le scénario est basé sur une anticipation de ce que pourrait être notre système judiciaire dans un certain nombre d’années si l’on arrivait à prédire les crimes, les empêcher et en sanctionner les acteurs.

Au-delà de la beauté des images, il y a une question philosophique que soulève le film : Comment peut-on légitimement punir une personne d’un fait qu’elle n’a pas encore commis ?

Les arguments allant à l’encontre de ce système sont assez simples : quels que soient les certitudes que l’on ait sur sa réalisation, puisqu’il n’a pas été possible de constater le flagrant délit ou d’en prouver sans contestation possible sa réalisation mise à part par une “précognition”, il est impossible d’imputer à un pseudo-meurtrier un acte qu’il n’a pas encore commis. C’est d’ailleurs de cette manière que fonctionne la justice actuellement : on ne peut imputer une violation de la loi à un suspect que si celui-ci a été pris en flagrant délit ou, si l’acte n’ayant pas été constaté de visu, si les preuves scientifiques réunies constituent un matelas suffisant à l’accusation avec certitude. Ce fonctionnement implique une constatation des faits, soit dans le présent (flagrant délit), soit dans le passé (constatation des faits après coup).

Les arguments allant dans le sens du système de précognition présent dans le film sont démontrés d’une manière extrêmement astucieuse dans Minority Report. Au lieu de relater la scène du film, je vais légèrement la modifier.

Imaginons que je vous subtilise habilement (parce que je suis habile, si si !) un objet fragile auquel vous tenez énormément. Je jette celui-ci en l’air. Qu’allez vous faire ? C’est évident, vous allez le rattraper ! Et pourquoi ? Parce qu’il allait tomber et se casser, allez-vous me répondre ! Et moi de vous demander : “Puisqu’il n’est pas tombé, comment peux tu être sûr de ce qui allait se passer ? Tu étais donc sûr de ce qui allait se passer, de la même manière que les “precogs” (nom des trois personnages capables de prédire l’avenir dans le film) sont sûrs de ce qu’il va se passer ! Et ceux, sans que les faits aient réellement eu lieu”. Et vos remontrances quant à mon action feraient un évident parallèle avec les sanctions judiciaires prisent à l’égard d’un futur-meurtrier pris par le système de précognition du film !

Bon tout ça sent fortement l’embrouille mais moi qui aime bien avoir à réfléchir sur de tels emberlificotements philosophiques, je trouve ici une question à laquelle une réponse ne pourra être apportée que par un changement de mentalité et de logique judiciaire. La question reste donc la suivante : “Peut-on ou ne peut-on pas sanctionner en prévision d’un acte ?”.

Enfin … pour se poser réellement la question, il faudrait bien entendu qu’il soit possible de prédire l’avenir ! Mais depuis quand les philosophes ne philosophent que sur des sujets d’actualité ?

5 Bavardages Davantage..?

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