25 août 2008 – 0:43
Ce soir c’était session DVD avec Minority Report de Steven Spielberg réalisé d’après une nouvelle de Philip K. Dick. Pour ceux qui n’auraient pas vu le film ou qui n’en auraient pas assez entendu parler pour savoir de quoi il s’agit, le scénario est basé sur une anticipation de ce que pourrait être notre système judiciaire dans un certain nombre d’années si l’on arrivait à prédire les crimes, les empêcher et en sanctionner les acteurs.
Au-delà de la beauté des images, il y a une question philosophique que soulève le film : Comment peut-on légitimement punir une personne d’un fait qu’elle n’a pas encore commis ?
Les arguments allant à l’encontre de ce système sont assez simples : quels que soient les certitudes que l’on ait sur sa réalisation, puisqu’il n’a pas été possible de constater le flagrant délit ou d’en prouver sans contestation possible sa réalisation mise à part par une “précognition”, il est impossible d’imputer à un pseudo-meurtrier un acte qu’il n’a pas encore commis. C’est d’ailleurs de cette manière que fonctionne la justice actuellement : on ne peut imputer une violation de la loi à un suspect que si celui-ci a été pris en flagrant délit ou, si l’acte n’ayant pas été constaté de visu, si les preuves scientifiques réunies constituent un matelas suffisant à l’accusation avec certitude. Ce fonctionnement implique une constatation des faits, soit dans le présent (flagrant délit), soit dans le passé (constatation des faits après coup).
Les arguments allant dans le sens du système de précognition présent dans le film sont démontrés d’une manière extrêmement astucieuse dans Minority Report. Au lieu de relater la scène du film, je vais légèrement la modifier.
Imaginons que je vous subtilise habilement (parce que je suis habile, si si !) un objet fragile auquel vous tenez énormément. Je jette celui-ci en l’air. Qu’allez vous faire ? C’est évident, vous allez le rattraper ! Et pourquoi ? Parce qu’il allait tomber et se casser, allez-vous me répondre ! Et moi de vous demander : “Puisqu’il n’est pas tombé, comment peux tu être sûr de ce qui allait se passer ? Tu étais donc sûr de ce qui allait se passer, de la même manière que les “precogs” (nom des trois personnages capables de prédire l’avenir dans le film) sont sûrs de ce qu’il va se passer ! Et ceux, sans que les faits aient réellement eu lieu”. Et vos remontrances quant à mon action feraient un évident parallèle avec les sanctions judiciaires prisent à l’égard d’un futur-meurtrier pris par le système de précognition du film !
Bon tout ça sent fortement l’embrouille mais moi qui aime bien avoir à réfléchir sur de tels emberlificotements philosophiques, je trouve ici une question à laquelle une réponse ne pourra être apportée que par un changement de mentalité et de logique judiciaire. La question reste donc la suivante : “Peut-on ou ne peut-on pas sanctionner en prévision d’un acte ?”.
Enfin … pour se poser réellement la question, il faudrait bien entendu qu’il soit possible de prédire l’avenir ! Mais depuis quand les philosophes ne philosophent que sur des sujets d’actualité ?
Posté dans La philo par un nul | 5 Commentaires »